Jeudi 14 février 2008
undefined     Brut, aromatisé, blanc, au lait, aux noisettes, aux épices, le chocolat demeure une délicatesse qu’on ne se refuserait à aucun prix. Saint-Valentin oblige : le chocolat fait fondre les cœurs.
Et pas seulement ! Ce petit carré de cacao emportera votre amour dans un monde lointain aux charmes exotiques. Une vraie balade des sens en amoureux.
Ce monde lointain concentrera pour votre bon plaisir un tiers de la production mondiale de cacao, mais rassurez-vous, il ne consommera que 3% de sa production.

    La contrée aux charmes exotiques n’est autre que l’Afrique (rappelez vous vous l’avez vu dans une pub à la télé). La Côte d’Ivoire est le principal producteur de cacao, suivie du Ghana. Principal producteur ! Mais la Côte d’Ivoire ne produit pas vos petits cœurs chocolatés, elle exporte cette matière première vers l’Europe. En 2005/2006, 42% de la production mondiale de cacao (il faut alors tenir compte les producteurs de cacao d’Amérique Latine et d’Asie), contre 14% seulement en Afrique*. Cela témoigne du confinement de l’Afrique dans la production de matières premières. Quel est le prix de ces exportations de cacao ?
D’un point de vue économique, le prix ne vole pas haut. Bien au contraire, il a connu une baisse de 75% durant la période 1980-2000, pour finalement s'épaissir d'à peine 25% en 2006**. Si les prix tombent, ce n’est pas parce que vous n’offrez pas assez de chocolat à votre bien-aimé. Cela ne servirait à rien, le cacao étant une matière première qui ne présente pas d’élasticité de la demande : qu’importe d’inonder le marché de chocolat, la demande ne s’adaptera pas en fonction des stocks et ne satisfera pas l’écoulement de la production. Par ailleurs, les prix, eux, baisseront. C’est là que l'économie se lie avec la politique. Il est fort intéressant de remarquer que le prix du cacao a baissé pendant la période de 1980-2000, qui correspond aux politiques d’ajustement structurel mises en œuvre par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, afin de redresser les économies et promouvoir le dévelopment des pays africains. Mis à part toutes les politiques de libéralisation et macrosatbilisation économique qui n’ont fait que nuire au continent africain, ces programmes d’ajustement structurel reposent sur une théorie économique intrinsèquement défectueuse : l’avantage comparatif statique. La théorie et la Banque Mondiale veulent que l’Afrique spécialise sa production dans ce qu’elle possède le plus : de la terre et des ressources. L’Afrique, qui voit les termes de l’échange et sa part dans l’économie mondiale décliner, n’aura jamais les bonnes armes pour affronter le marché mondial.

    Le principal défaut de cette théorie réside dans le changement de nature de l’économie mondiale, qui est essentiellement tournée vers les produits manufacturés et les nouvelles technologies, qui ne demandent que peu de matière premières…encore moins non transformées. Le cacao ne peut vaincre face à une armada ultra-modernisée… De la même manière que l’Afrique ne peut se redresser sans une politique mondiale qui reconnaîtra les réalités du marché. La théorie de l’avantage comparatif statique va au-delà du sens commun, dès lors qu’il est clair que différentes activités mènent à des différences radicales en qualité de vie. L'exemple du rapide dévelopement économique de l'Asie en témoigne. Faut-il y voir une défaillance théorique ou bien un signe de la malhonnêteté des leaders politiques et économiques? Ironie du sort, les statistiques utilisées proviennent de la Banque Mondiale elle-même. Comme l’amour, l’argent aveugle, mais l’illusion a des limites. 

*Source: "Cacao : transformer et consommer plus en Afrique",  www.lesafriques.com, Le journal de la finance africaine.
** Source: "Primary Commodity Prices", statistiques publiées par la Banque Mondiale, 2006.

par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver! communauté : LES ALTERMONDIALISTES
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 11 février 2008
undefined    

La scène se passe au premier sous-sol de  Michigan Union, bâtiment multifonction sur le campus de l’université d’Ann Arbor : au premier sous-sol, les fast-food réchauffent le cœur avec leurs odeurs, au troisième étage : conseillers psychologiques assistent les étudiants en détresse.


12:30:00 – arrivée chez Wendy’s.
12:30:10/12:40:00 – file d’attente méditative, que va-t-on choisir ?
12:41:00 – commande de deux menus, un hamburger poulet grillé, un double burger quelque chose…
12:41:35 – menus payés, prêts, emportés.

Vous l’avez compris, en deux minutes les employés dévoués de Wendy’s on réussi à assembler deux tranches de pain, deux steak hachés trop cuits, un malheureux cornichon, un bout d’oignon égaré, une tranche de « cheddar » (équivalent de l’appellation « fromage » en France, la diversité en moins) et à renouveler l’opération avec un blanc de poulet grillé, à emballer le tout, sans oublier les frites…. Et comme les NTIC font fureur aux USA, la caissière a réussi à transmettre la commande en temps réel, j’ai été traité comme une reine: pas de temps d’attente ! 

    Que faut-il de plus à un consommateur pressé qu’un service compétent qui se soucie de sa santé ? mon misérable tas mangeable n’avait pas l’air nocif et puis un hamburger, c’est « cool ». Pourquoi se refuser alors un pêché mignon ? C’est là le danger: le plaisir interdit désinhibé.
Il s’agit d’une révolution, non pas gastronomique mais commerciale. « Fat Profits », voilà le titre d’un article qui met en lumière le nouveau phénomène. Le journaliste Joe Keohane dénonce la stratégie « go-for-bloat », qui fait fi du politiquement correct et du santé-oblige pour se faire le chantre sans complexe d’« un arsenal de monstrosités plus chères, plus caloriques – se faisant le pionner de concepts avant-garde tel que « viande en complément », « fast-food-porn » - et faisant la promotion du message auprès de consommateurs de plus en plus réceptifs de publicités aussi controversées que leurs burgers ». Et ça marche ! « Depuis 2000, la moyenne des ventes de CKE a augmenté de 31 pourcents, un taux plus élevé que tout autre chaîne d’hamburger ».

    Que penser de cela quand je me trouve face à un hamburger déprimé ? je me suis laissée avoir par une illusion du goût nourrie d’images et d’odeurs qui a submergé mes désirs. La notion de pêché mignon est à relativiser dès lors que mon burger était mauvais…et que je m’en doutais. Du reste, devrais-je me plaindre du fait qu’il manquait à mon burger la feuille de salade et la tranche de tomate, illuminées dans le menu ? Ce ne serait qu’une complainte pathétique. Le drame, c’est de devoir avouer que l’éducation alimentaire n’est d’autant pas innée qu’elle est extrêmement vulnérable, dans un monde où de plus en plus de personnes dénoncent les « polices » de santé publique et s’acharnent à vouloir débrider les passions, au nom de la liberté. Liberté et droit ! et de quoi se soucier de plus, ce sont là des propriétés privées !

Source: “Fat Profits” by Joe Keohane, published on Condé Nast Portfolio.com, February 2008.
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 9 février 2008
    30 grammes de céréales 0% de matières grasses mais avec des fruits séchés pour donner plus de goût à la première bouchée du matin ; déjà 10h, il faut un en-cas pour étouffer les gargouillis ; après le repas, un café avec un carré de chocolat, c’est un droit; 4h et la journée est longue, faisons une pose goûter, pour le moral, histoire de se demander une fois de plus qu’est ce qu’on va choisir dans le distributeur ; de toute façon à 6, ce sera l’heure du pastis ; et pour le JT, c’est l’occasion de manger devant la télé; enfin 9h et une tisane bonne nuit, avec un goût sucré sans sucre, pour s’apaiser. C’est aussi un droit.

    Le sucre rythme les journées, bien qu’il ne se montre pas dans ses plus beaux atours. Addiction, manque, complexe... Derrière ses mécanismes insatiables, il y a la faim. Il ne s'agit pas seulement d'une expérience alimentaire ni d'un besoin vital. Plus qu’une sensation, la faim est une émotion. D’un point de vue biologique, elle s’apprend. C’est une expérience hormonale qui se contrôle grâce à des modes de gouvernance alimentaire et physique, des politiques de santé publique. La faim se manipule aussi, elle est séduite par des odeurs et des images. Par dessus tout, elle se manifeste à travers un goût imaginaire. Plus que le manque, plus que l’envie, la faim torture en elle-même. Je pense au roman de Knut Hamsun La Faim, qui montre comment la faim se revêtit de sensations pour cacher une quête de soi sinueuse, incertaine et tourmentée. La faim chez l’homme va au-delà du naturel, elle croît, s’éteint, s’affole.

    Qui ne s’est jamais entendu dire « J’ai faim, mais je ne sais pas de quoi » ? La faim supplie la satiété. A quel prix trouve t-elle satisfaction ? La faim se voit de plus en plus transformée en attraction: l’envie doit se justifier. Lorsque je vois qu’une limonade labellisée « faite avec des vrais citrons », je me demande jusqu’à quel point le naturel devient publicité pour donner une raison d’être à la consommation. Une fois entrée dans un monde de faux, que signifie la faim sinon l’infinie construction d’un manque ? La faim devient un gouffre sans fond. Inodore et incolore, la faim est standardisée, programmée pour répondre à des stimuli ciblés. Avoir faim de tout et de rien…jusqu’à avoir un goût d’amertume dans la bouche, voilà une belle expression pour savourer la désillusion ! Et si l’on considère que le cookie appelle le vote ou le bonbon l’engagement, les convictions deviennent tout aussi insipides.
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 7 février 2008
    Empoisonnée! Le sucre est une douce addiction: il en faut une dose pour tenir la journée. On l’a gagnée cette sucrerie, n’est-ce pas? Les recherches scientifiques ont montré qu’alors même que nous domptons notre monde, nous créons des substances pour satisfaire notre quête de récompenses. Des récompenses personnelles, un petit plaisir pour se mettre en joie mais surtout des récompenses sociales, le droit à un plaisir.

    Dans un article intitulé « La neurobiologie met en lumière les similarités entre l’obésité et l’addiction aux drogues », Christen Brownlee fait le lien entre la récompense que les consommateurs de drogue éprouvent lorsque la dopamine irrigue le cerveaux plus qu'il n faut. L’addiction consiste en la capacité de contenir des stocks de dopamine. La nourriture apporte au cerveau cette dopamine. Quand bien même l’obésité repose sur des dynamiques plus complexes que l’abus de drogue, Christen mentionne un effet propre aux compulsions alimentaires: la nourriture devient une motivation pour effectuer des choix. Une étude effectuée par Gene-Jack Wang et ses collègues du Laboratoire national de Brookahaven, New York, a montré que les personnes obèses étaient plus réceptives aux stimuli sensoriels perçus par la langue, les lèvres ou encore la bouche. Bien que la consommation de drogues ne conduise pas à une telle suractivité sensorielle, l’hypothèse dans ce cas serait que les systèmes de dopamine des personnes obèses qui les poussent à manger ont submergé leur sentiment de satiété.

    Cette relation entre la motivation pour faire des choix va de pair avec l’absence de sentiment de satiété est surprenante. Il me semble que nous assistons au contraire au culte du « plus encore » dans une société du vide avide. L’addiction m’apparaît comme l’obstacle impératif, une tension musculaire qui fait inévitablement ouvrir la porte du frigo plutôt que comme une méthode de réflexion sur diverses envies… L’addiction fait fit au goût. Une jeune militante pour un syndicat de Sciences-po m’a proposé au cours d’une journée d’élections un cookie en échange de mon vote en sa faveur. N’est-ce pas considérer que mes convictions n’ont pas de goût? À travers ce cookie, c’était une injection de dopamine qu’elle m’offrait pour me faire oublier l’ébullition de la campagne. Et je suis toujours surprise de voir les stands des associations poser des saladiers remplis de bonbons à côté de leurs tracts. N’ont-ils pas encore compris le temps de tendre le bras vers la cible, le bonbon est parti et les idées perdues?

    Je n’ai pas voté, je n’ai pas eu de cookies. Je n’ai pas joint d’association et je n’ai pas eu de bonbon. Ah! je vous vois venir! Vous pensez que je n’ai pas eu de récompense! Et pourtant…je ne suis pas encore repue. L’affaire est à suivre. 

Sources : «Food Fix : Neurobiology highlights similarities between obesity and drug addiction» by Christen Brownlee. Disponible à l'adresse: http://www.sciencenews.org/articles/20050903/bob10.asp
 
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Blog : Décoration sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus