Jeudi 6 mars 2008
    Quel est le point commun entre la traite des esclaves et la classes populaires contemporaines? L’alimentation de masse à bas prix.
Non, vraiment, la comparaison ne va pas trop loin. Au 16è siècle, les Portugais introduisaient en Afrique deux céréales révolutionnaires : le maïs et le manioc. Alors que ces céréales étaient considérées comme inférieures et destinées principalement aux porcs, leurs avantages productifs les ont vite détournées vers une utilisation plus pragmatique. Le maïs notamment, offre des capacités de productivité élevées ainsi qu’une résistance naturelle aux aléas agricoles. Au moment où la traite des esclaves était à son pic – à partir des premiers envois massifs d’esclaves africains aux Amériques en 1691 jusqu’à la domination de la traite par les Hollandais en 1750 – le maïs et le manioc sont apparus comme les aliments idéaux pour nourrir les esclaves à bas prix. La consommation des esclaves a alors été estimée à 9000 tonnes.* Du reste, ces céréales ont permis d’intensifier la production agricole dans les contrées bien irriguées du continent Africain, contribuant à une amélioration de l’alimentation de même qu’à une baisse de la mortalité infantile et à une augmentation du taux de survie dans les régions où l’habitation continue est impossible. Ces céréales ont sans doute stimulé une poussée démographique sans précédent en Afrique, qui n’a malheureusement pas profité au continent puisque la saignée humaine de la traite l’a privé d’une grande partie de sa main d’œuvre.

    Le maïs est définitivement l’aliment phare du bétail – dans tous les sens du terme. Près de 4 siècles plus tard, il est toujours l’objet d’une « spéculation soigneusement protégée ». Ceci est particulièrement visible si l’on se penche sur l’évolution du régime alimentaire américain et de son principal allié : « Kong Corn ». « La consommation par habitants de « corn sweeteners » est passée de 17,4 kg par and en 1980 à 38,7 kg par an en 2000. Plus précisément la consommation d’isoglucose (« high-fructose corn syrop » largement répandu et aimé aux USA !) est passée de 8,6kg par an et par personne en 1980 à 29kg par an et par personne en 2000. »**
Aidé par des politiques agricoles successives – les subventions directes aux producteurs ont étés estimées à 19 milliards de dollars par an en 2004 – et par l’utilisation d’hybride et de produits chimiques, le maïs présente le même avantage que pour la traite des esclaves : «  l’indice de production des fermiers américains est passée de 144 en 1972 à  250 en 1995. Distribué au consommateur américain, ce surcroît correspondrait à 500 calories/ jour/ personne. »**
Avec le principe d’une production qui ne cesse de se régénérer, il n’a pas été difficile de trouver les esclaves modernes de l’industrie agroalimentaire : les classes dites « populaires ». Certes cette identification par la classe peut être contestée par le fait culturel. Les fast-foods sont plus le fruit d’un mode de vie qu’un produit social. Il n’en reste pas moins que dans un pays où deux tomates coutent le prix d’un steack d’un kilos et où la pub vous fait constamment savoir que pour $2.99 vous avez le choix entre deux cheese ou double cheese burgers, il est clair qu’un certain instinct pragmatique aura tendance à vous détourner des légumes au profit de l'hamburger. De plus, l’éducation alimentaire – déjà mentionnée dans l’article Midi aux Etats-Unis – est d’autant moins innée qu’absente chez les populations à capital culturel et économique réduit.
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    Humains, trop humains… L’alimentation de
masse à bas prix, voilà les consommateurs de nouveau réduits à l’état de bétail… A la différence, que l’exploitation économique se fait aujourd’hui sur la base d’un engraissement – plus ou moins – volontaire. Le poids de la culture joue en effet un rôle majeur, l’afflux de nourriture disponible dans la société étant constant. C’est pourquoi au delà de l’éducation alimentaire, le phénomène social qu’Eric Schollsberg intitulait en 1999 Fast Food Nation doit être prix en compte.







* Les idées de ce premier paragraphe sont basées sur les écrits de John Reader, Africa. A biography of the continent, Vintage Books, 1997, pp. 413-414,p. 443.
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Source: Anne-Sophie Cérisola et Jacques Mistral, L’obésité aux Etats-Unis. Enjeux économiques et défis politiques. Document de travail de l’agence financière de Washington, 2004.01, Mars 2004.
par Anaïs Angelo publié dans : Consumation
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