Dimanche 2 mars 2008
     Quand le bien de consommation sera consumé, il renaîtra de ses cendres, ramené à sa forme matérielle par la force de la production.
La culture de la consommation est aujourd’hui enfermée dans ce cycle vicieux. Ou peut-être s’agit-il de la politique de la consommation, à en croire un documentaire  (cf. Lien) sur la tyrannie mondiale de la consommation. Le pouvoir de l’image est toujours problématique quand il s’agit de mettre en forme un propos qui se veut objectif dans sa prise de partie. Toutefois, le montage agile de ce documentaire qui se détourne de la démonstration académique a le mérite d’être une création captivante qui appelle à réfléchir. Le documentaire est bâti sur une contradiction intéressante : l’accumulation d’image est utilisée pour dénoncer les excès de consommation. Mais ce documentaire présente des qualités qui vont au-delà des idées reçues lorsqu’il place dans la même arène la culture de consommation capitaliste et celle de l’ « a-consommation » propre à l’idéologie de la dictature cubaine. L’interview d’une jeune fille cubaine qui témoigne de son désir absolu de consommer est éclairante : la tyrannie de la consommation n’a qu’une nature. Dictatoriale, elle fait germer un sentiment de vide avide qui torture celui qui a tout et justifie l’état de celui qui n’a rien.

    La culture de consommation n’offre aucun futur. Une fois la promesse consommée, elle n’a plus de raison d’être. C’est pourquoi la société ne peut pas fonctionner sur la promesse de bonheur matériel : à peine atteint celui-ci s’évanouira aussitôt. Le documentaire illustre très bien cette idée lorsqu’il filme les poupées à formes humaines destinées à la vente et à la « consommation ». Le mythe de Pygmalion est mort : le désir a vendu son âme en échange de sa production plastique.

    La réalisation de soi passe désormais par la sensation d’un moi vivant, dit consommable. C’est ce que le jeune informaticien millionnaire déplore lorsqu’il fait part de ses difficultés à trouver du sens à sa vie totalement surfaite par l’argent. Les émissions télévisée tel « Le Millionnaire célibataire » qui est trop affairé pour trouver l’âme sœur renforce ce sentiment de consommation des relations humaines. Et voilà que la chaîne de télé se rapproche de la chaîne alimentaire: le millionnaire consomme des soi disantes beautés, réduites par ailleurs à un état de proies volontaires quand les producteurs se nourrissent de la consommation de sentiments plastifiés des téléspectateurs. Si le bonheur est au programme, je ne l’ai pourtant jamais vu en rayon.

    On végète devant son poste, éternellement insatisfait d’une vie basée sur la consommation ou sinon sur le phantasme de la consommation. Parce que le bonheur n’a pas de prix, une vie si dépourvue de valeur devrait discréditer le système de consommation. Jack Zerzan, interviewé à son tour dans le documentaire, frappe en remarquant que c’est la force d’inertie qui fait avancer ce système. Atomisés et nourris un par un flux d’informations sans âme mais imagé, les individus sont trop seuls pour avouer en chœur leur mal-être. L’absence de conscience sociale nous détourne vers un objectif primaire de survie par la consommation alors que nous devrions nous interroger sur la nature de notre existence. La politique se laisse emporter dans la spirale lucrative de la culture de consommation, cherchant à nous gaver d’un bonheur en surplus qui ne cesse de se mordre la queue. 
par Anaïs Angelo publié dans : Consumation communauté : LES ALTERMONDIALISTES
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Commentaires

Inttéresseant, ton analyse de la consommation comme responsable de frustrations et de perte de la socialisation. Merci, très bel article !
commentaire n° : 1 posté par : racaille-du-69 (site web) le: 04/03/2008 09:09:31
C'est curieux, dès que l'on analyse la consommation/surconsommation comme tu viens très justement de le faire, je pense au Patrick Bateman de Brett Easton Ellis dans American Psycho, illustration parfaite de ce vide (bon, ok, poussée à l'extrême mais...)
commentaire n° : 2 posté par : Rébus (site web) le: 04/03/2008 13:29:08
Bonne analyse sur l'individualisme et la solitude des gens qui caractérisent notre société.
commentaire n° : 3 posté par : racaille-du-69 (site web) le: 05/03/2008 14:17:24
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