Brut,
aromatisé, blanc, au lait, aux noisettes, aux épices, le chocolat demeure une délicatesse qu’on ne se refuserait à aucun prix. Saint-Valentin oblige : le chocolat fait fondre les cœurs.
Et pas seulement ! Ce petit carré de cacao emportera votre amour dans un monde lointain aux charmes exotiques. Une vraie balade des sens en amoureux.
Ce monde lointain concentrera pour votre bon plaisir un tiers de la production mondiale de cacao, mais rassurez-vous, il ne consommera que 3% de sa production.
La contrée aux charmes exotiques n’est autre que l’Afrique (rappelez vous vous l’avez vu dans une pub à la télé). La Côte d’Ivoire est le principal producteur de cacao, suivie
du Ghana. Principal producteur ! Mais la Côte d’Ivoire ne produit pas vos petits cœurs chocolatés, elle exporte cette matière première vers l’Europe. En 2005/2006, 42% de la production mondiale
de cacao (il faut alors tenir compte les producteurs de cacao d’Amérique Latine et d’Asie), contre 14% seulement en Afrique*. Cela témoigne du confinement de l’Afrique dans la production de
matières premières. Quel est le prix de ces exportations de cacao ?
D’un point de vue économique, le prix ne vole pas haut. Bien au contraire, il a connu une baisse de 75% durant la période 1980-2000, pour finalement s'épaissir d'à peine 25% en 2006**. Si les
prix tombent, ce n’est pas parce que vous n’offrez pas assez de chocolat à votre bien-aimé. Cela ne servirait à rien, le cacao étant une matière première qui ne présente pas d’élasticité de la
demande : qu’importe d’inonder le marché de chocolat, la demande ne s’adaptera pas en fonction des stocks et ne satisfera pas l’écoulement de la production. Par ailleurs, les prix, eux,
baisseront. C’est là que l'économie se lie avec la politique. Il est fort intéressant de remarquer que le prix du cacao a baissé pendant la période de 1980-2000, qui correspond aux politiques
d’ajustement structurel mises en œuvre par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, afin de redresser les économies et promouvoir le dévelopment des pays africains. Mis à part
toutes les politiques de libéralisation et macrosatbilisation économique qui n’ont fait que nuire au continent africain, ces programmes d’ajustement structurel reposent sur une théorie économique
intrinsèquement défectueuse : l’avantage comparatif statique. La théorie et la Banque Mondiale veulent que l’Afrique spécialise sa production dans ce qu’elle possède le plus : de la terre et des
ressources. L’Afrique, qui voit les termes de l’échange et sa part dans l’économie mondiale décliner, n’aura jamais les bonnes armes pour affronter le marché mondial.
Le principal défaut de cette théorie réside dans le changement de nature de l’économie mondiale, qui est essentiellement tournée vers les produits manufacturés et les nouvelles
technologies, qui ne demandent que peu de matière premières…encore moins non transformées. Le cacao ne peut vaincre face à une armada ultra-modernisée… De la même manière que l’Afrique ne peut se
redresser sans une politique mondiale qui reconnaîtra les réalités du marché. La théorie de l’avantage comparatif statique va au-delà du sens commun, dès lors qu’il est clair que différentes
activités mènent à des différences radicales en qualité de vie. L'exemple du rapide dévelopement économique de l'Asie en témoigne. Faut-il y voir une défaillance théorique ou bien un signe de la
malhonnêteté des leaders politiques et économiques? Ironie du sort, les statistiques utilisées proviennent de la Banque Mondiale elle-même. Comme l’amour, l’argent aveugle, mais l’illusion a des
limites.
*Source: "Cacao : transformer et consommer plus en Afrique", www.lesafriques.com, Le journal de la finance africaine.
** Source: "Primary Commodity Prices", statistiques publiées par la Banque Mondiale, 2006.