Samedi 9 février 2008
    30 grammes de céréales 0% de matières grasses mais avec des fruits séchés pour donner plus de goût à la première bouchée du matin ; déjà 10h, il faut un en-cas pour étouffer les gargouillis ; après le repas, un café avec un carré de chocolat, c’est un droit; 4h et la journée est longue, faisons une pose goûter, pour le moral, histoire de se demander une fois de plus qu’est ce qu’on va choisir dans le distributeur ; de toute façon à 6, ce sera l’heure du pastis ; et pour le JT, c’est l’occasion de manger devant la télé; enfin 9h et une tisane bonne nuit, avec un goût sucré sans sucre, pour s’apaiser. C’est aussi un droit.

    Le sucre rythme les journées, bien qu’il ne se montre pas dans ses plus beaux atours. Addiction, manque, complexe... Derrière ses mécanismes insatiables, il y a la faim. Il ne s'agit pas seulement d'une expérience alimentaire ni d'un besoin vital. Plus qu’une sensation, la faim est une émotion. D’un point de vue biologique, elle s’apprend. C’est une expérience hormonale qui se contrôle grâce à des modes de gouvernance alimentaire et physique, des politiques de santé publique. La faim se manipule aussi, elle est séduite par des odeurs et des images. Par dessus tout, elle se manifeste à travers un goût imaginaire. Plus que le manque, plus que l’envie, la faim torture en elle-même. Je pense au roman de Knut Hamsun La Faim, qui montre comment la faim se revêtit de sensations pour cacher une quête de soi sinueuse, incertaine et tourmentée. La faim chez l’homme va au-delà du naturel, elle croît, s’éteint, s’affole.

    Qui ne s’est jamais entendu dire « J’ai faim, mais je ne sais pas de quoi » ? La faim supplie la satiété. A quel prix trouve t-elle satisfaction ? La faim se voit de plus en plus transformée en attraction: l’envie doit se justifier. Lorsque je vois qu’une limonade labellisée « faite avec des vrais citrons », je me demande jusqu’à quel point le naturel devient publicité pour donner une raison d’être à la consommation. Une fois entrée dans un monde de faux, que signifie la faim sinon l’infinie construction d’un manque ? La faim devient un gouffre sans fond. Inodore et incolore, la faim est standardisée, programmée pour répondre à des stimuli ciblés. Avoir faim de tout et de rien…jusqu’à avoir un goût d’amertume dans la bouche, voilà une belle expression pour savourer la désillusion ! Et si l’on considère que le cookie appelle le vote ou le bonbon l’engagement, les convictions deviennent tout aussi insipides.
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
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