Mercredi 7 mai 2008
Rillettes.
Produit Français. 19ème siècle. Ne pas toucher.

 
 

    La gastronomie française s’invite à la table du patrimoine culturel de l’UNESCO. Il doit s’agir d’une invitation à la bonne franquette…à moins que la gastronomie française ne soit en danger de mort !  Mais qui ? qui aurait osé porter atteinte à cet hôte d’honneur ? La mondialisation me direz-vous et les fast-food américains qui viennent jusque dans nos rues! L’Europe peut-être, qui a déjà menacé notre Rocquefort et nous assaille de réglementations ! A vos couverts citoyens !
Bien au-delà des cuisines transformées en bataillon, la candidature  de la « gastronomie française » au patrimoine culturel  de l’UNESCO soulève d’importantes questions.

    L’idée du patrimoine culturel de l’UNESCO tient à la défense, la préservation et la conservation. Que l’on préserve les pyramides d’Egypte, c’est une chose…mais la cuisine française est-elle seulement un héritage du passé ? Autrement dit, constitue-t-elle un patrimoine clôt sur lui-même ? Cette question a son importance quand l’on pense que la gastronomie française se réfère moins à un patrimoine culturel tangible qu’à une identité culturelle. Or, une identité ne se définit pas uniquement par le passé, quand bien même elle y trouve ses marques, mais elle est en mouvement. Ce mouvement est d’autant plus perceptible aujourd’hui que nous vivons dans sociétés multiculturelles qui interagissent. La question de l’intégration des DOM-TOM à la gastronomie dite française, question souvent posée d’ailleurs, témoigne de cette diversité identitaire autant que gastronomique. Au-delà des DOM-TOM, comment considérer la question de l’immigration aujourd’hui en France ? L’affaire n’est pas de nier les spécificités historiques et culinaires de la cuisine française. Mais le débat sur la cuisine française comme une entité culturelle donnée fait curieusement écho au débat sur le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Française à savoir : l’identité nationale est-elle le fait d’institutions gouvernementales ou bien le produit d’une évolution créatrice qui échappe à tout carcan?

Du reste, quand bien même la cuisine française serait définie comme patrimoine de l’UNESCO elle se refuserait sûrement au titre de patrimoine universel, qui comme le site de l’UNESCO l’indique : appartient « à tous les peuples du monde, sans tenir compte du territoire sur le quel ils sont situés ». Et le terroir ! Des rillettes jusqu'au vin bien sûr, peut-on nier le terroir ?

    Cette question fait le lien avec la médiatisation d’un patrimoine culturel. Peut-on jouir de la cuisine française comme on visite un site historique ? Le vin peut servir d’exemple : quel étranger, et encore, cet exemple doit sûrement valoir pour certains Français, dans un supermarché saurait reconstituer la carte des régions de France grâce aux appellations d’origine des vins ? Brouillard complet. De la même manière, une fois la gastronomie française au patrimoine mondial, faudra t-il engager une lutte contre les fausses appellations « French dressing », mauvaise vinaigrette américaine, « French cake » ou encore « French Soda » qui n’ont absolument rien de français sinon que leur noms ? Le principal obstacle est donc celui de la représentation de la gastronomie française à l’échelle internationale. Aux appellations faut-il encore ajouter les prix, souvent gonflés par les politiques monétaires, l’inflation ou autres barrières commerciales, qui peuvent avoir un effet dissuasif. La gastronomie française pourrait devenir ce qu’elle redoute au fond : l’atour d’une élite ou pire, un simple cliché.

par Anaïs Angelo publié dans : Identité alimentaire. communauté : Cuisine
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