Jeudi 7 février 2008
    Empoisonnée! Le sucre est une douce addiction: il en faut une dose pour tenir la journée. On l’a gagnée cette sucrerie, n’est-ce pas? Les recherches scientifiques ont montré qu’alors même que nous domptons notre monde, nous créons des substances pour satisfaire notre quête de récompenses. Des récompenses personnelles, un petit plaisir pour se mettre en joie mais surtout des récompenses sociales, le droit à un plaisir.

    Dans un article intitulé « La neurobiologie met en lumière les similarités entre l’obésité et l’addiction aux drogues », Christen Brownlee fait le lien entre la récompense que les consommateurs de drogue éprouvent lorsque la dopamine irrigue le cerveaux plus qu'il n faut. L’addiction consiste en la capacité de contenir des stocks de dopamine. La nourriture apporte au cerveau cette dopamine. Quand bien même l’obésité repose sur des dynamiques plus complexes que l’abus de drogue, Christen mentionne un effet propre aux compulsions alimentaires: la nourriture devient une motivation pour effectuer des choix. Une étude effectuée par Gene-Jack Wang et ses collègues du Laboratoire national de Brookahaven, New York, a montré que les personnes obèses étaient plus réceptives aux stimuli sensoriels perçus par la langue, les lèvres ou encore la bouche. Bien que la consommation de drogues ne conduise pas à une telle suractivité sensorielle, l’hypothèse dans ce cas serait que les systèmes de dopamine des personnes obèses qui les poussent à manger ont submergé leur sentiment de satiété.

    Cette relation entre la motivation pour faire des choix va de pair avec l’absence de sentiment de satiété est surprenante. Il me semble que nous assistons au contraire au culte du « plus encore » dans une société du vide avide. L’addiction m’apparaît comme l’obstacle impératif, une tension musculaire qui fait inévitablement ouvrir la porte du frigo plutôt que comme une méthode de réflexion sur diverses envies… L’addiction fait fit au goût. Une jeune militante pour un syndicat de Sciences-po m’a proposé au cours d’une journée d’élections un cookie en échange de mon vote en sa faveur. N’est-ce pas considérer que mes convictions n’ont pas de goût? À travers ce cookie, c’était une injection de dopamine qu’elle m’offrait pour me faire oublier l’ébullition de la campagne. Et je suis toujours surprise de voir les stands des associations poser des saladiers remplis de bonbons à côté de leurs tracts. N’ont-ils pas encore compris le temps de tendre le bras vers la cible, le bonbon est parti et les idées perdues?

    Je n’ai pas voté, je n’ai pas eu de cookies. Je n’ai pas joint d’association et je n’ai pas eu de bonbon. Ah! je vous vois venir! Vous pensez que je n’ai pas eu de récompense! Et pourtant…je ne suis pas encore repue. L’affaire est à suivre. 

Sources : «Food Fix : Neurobiology highlights similarities between obesity and drug addiction» by Christen Brownlee. Disponible à l'adresse: http://www.sciencenews.org/articles/20050903/bob10.asp
 
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
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Jeudi 24 janvier 2008
    Chevelure de sirène, silhouette affinée, rien ne pouvait plus retenir la carotte dans le règne légumier. Douce confiserie, la carotte est devenue l’Aphrodite des fruits. En décembre 2001, le Conseil Européen a modifié son statut juridique, pour assurer la survie commerciale de la confiture portugaise de carotte. Voilà que la culture défie la nature! Une culture homogénéisée et légalement tolérée par Bruxelles, en vue de satisfaire des besoins de régulation alimentaire. La tension entre l’idée de nation et l’unité européenne se fait d’autant plus criante que l’identité labellisée qu’on veut nous vendre est tout sauf naturelle.
par Anaïs Angelo publié dans : Identité alimentaire.
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