Lundi 12 mai 2008

« SOUVENIRS »

 

Approchez Mesdames et Messieurs ! et ne vous privez pas des souvenirs des monuments de Paris, des musées et des châteaux de France. Porte-clés, images, tee-shirts, décorations ! Plein feux sur la France !

Consommez ce que vous avez vu. Gardez à tout prix le souvenir matériel pour palier notre mémoire défaillante. Ce mode de consommation est devenu le mot d’ordre du tourisme contemporain. Patrimoines culturels et sites historiques sont identifiés, puis prêts à emporter. Prêts à emporter, oui, comme pour la nourriture. Et si la gastronomie française fait son entrée dans le patrimoine culturel mondial, qui sait si le tourisme gastronomique n’aura pas sa part de souvenirs. Un pied de porc empaillé piqué de persil séché peut-être. Cuisson traditionnelle assurée, cela va de soi.
    A l’heure où cartes et étoiles gastronomique fleurissent, quel sites historiques parviendront à faire revivre les cuisines d’antan ? Michel Onfray se rend à l’évidence, dans La Raison Gourmande* et refuse l’idéalisation : « La cuisine est un art sans musée et sans école, sans histoire officielle et sans institutions susceptibles de reproduire les savoirs et les pensées dans le domaine qu’affectionnent tout particulièrement ceux qui ne se sentent bien qu’apaisés par les mots d’ordre et les comportements grégaires. » On ne visite pas la gastronomie, on la déguste. Et elle n’offre pas de souvenir « prêt à emporter » mais plutôt des émotions goûteuses.


    Instantané photographique, disponibilité instantanée, message instantané, transmission instantanée… C’est parce que notre société est fondée sur l’instant que nous sommes en quête d’immortalisation, de sauvegarde et de survie. Dans son
Histoire de la table française
**, Patrick Rambourg témoigne à son tour du fait que « (…) la cuisine est un art de l’instantané. L’œuvre culinaire, une fois consommée, peut ressusciter par les paroles du convive. L’esprit s’approprie les moments de la table et les réinterprète par l’écriture ; la narration devient littérature : c’est la naissance de la gastronomie. » Alors que la gastronomie française cherche à être consacrée patrimoine culturel mondial, faut-il y voir une ultime convulsion pour résister à une société de consommation ?
    Cuisine et consommation sont indissociables, à ceci près que la cuisine magnifie la consommation. Il y a d’abord la délectation à l’idée de manger, on savoure les mets et enfin on se pâme de ces émois gustatifs. Penser la gastronomie comme patrimoine revient à ajouter à la cuisine française des conservateurs et des colorants peut-être pour qu’elle ne jaunisse pas avec le temps.
    Contre de telles pratiques, M. Onfray assure que « sur le terrain de la gastronomie, il faut faire confiance à ses impressions, écouter son corps, solliciter la performance d’une chair, entretenir la mémoire d’un cerveau primitif : le jugement de goût est plus périlleux qu’en matière d’appréciation de ce sur quoi pèsent des carcans culturels, des appréciations convenues et des habitudes sociologiques*. » Finalement ce n’est pas la peur du temps ou même la crainte d’un génocide culturel qui pousserait la « gastronomie française » à assurer sa protection, c’est la peur de sombrer dans un gouffre avide, la peur de la perte du goût. Voilà ce que soulignent M. Onfray et P. Rambourg : si le goût disparaissait, éphémère et incertain, il laisserait, la cuisine sans corps et la gastronomie sans âme. Or le goût ne s’invoque pas. Il n’y a que McDonald et autres industries alimentaires qui sont parvenues à tourner les cerveaux vers des saveurs surfaites et faciles à garder en mémoire. Non pas que le goût soit forcément complexe, mais au moins il ne laisse pas les esprits simplets.

    Au-delà de l’éphémère, le goût suggère la recherche et le renouvellement. A contrario, le patrimoine fige et engendre la tradition. On se plaît à penser aux sociétés dites traditionnelles, celle qui ont sur garder les rites de leurs pères et qui bien souvent sont aussi perçue comme arriérées. Serions-nous en mal de tradition, d’un sens de l’histoire pour recherche à embaumer notre culture gastronomique ?
    Tout d’abord, il faut noter que la gastronomie n’est pas une propriété française. La gastronomie est certainement patrimoine mondial mais la gastronomie française, quand bien même elle a connu son âge d’or et tente de rayonner encore, demeure une culture qu’il n’appartient qu’aux français de cultiver. De la même manière qu’une pellicule photographique doit être « révélée » pour devenir un objet d’art et de contemplation, l’art culinaire ne pourrait se suffire à lui-même sans dégustation. Ainsi, le problème de la gastronomie comme celui de l’identité française n’est autre que celui des plaisirs et richesses évanescentes qu’il faut attiser sans relâche.  Aucune recette législative, quand bien même sa teneur culturelle pourrait séduire, ne peut donner du goût à la gastronomie française.
    De plus, la gastronomie française a beau être ancrée dans l’histoire, de la cour de Catherine de Médicis en passant par Carême et Révolution jusqu’à Mai 68 et Gault et Millau, la gastronomie française demeure le fait de ses acteurs, cuisiniers et convives. Il ne s’agit plus de sites historiques ni d’inventaires mais d’une grande famille historique qui trouve sa force dans le combat avec la réalité présente.

    P. Rambourg affirme que « La pérennité de la cuisine française ne tient pas seulement à son caractère identitaire et aux discours des uns et des autres, parfois en totale contradiction avec les pratiques. Elle tient à la souplesse d’un système qui laissait place à l’innovation, à la liberté de création.»*** 
On dit qu'on attrape pas les mouches avec du vinaigre; il serait bien insensé de tenter d’enfermer la gastronomie française sous une cloche.


** Michel Onfray, La Raison Gourmande, Ed. Grasset & Fasquelle, 1995, p. 156.
**Patrick Rambourg, De la cuisine à la gastronomie. Histoire de la table française. L’Audibert, 2005, p. 18.
***Ibid., p.10. 

par Anaïs Angelo publié dans : Identité alimentaire. communauté : LES ALTERMONDIALISTES
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 7 mai 2008
Rillettes.
Produit Français. 19ème siècle. Ne pas toucher.

 
 

    La gastronomie française s’invite à la table du patrimoine culturel de l’UNESCO. Il doit s’agir d’une invitation à la bonne franquette…à moins que la gastronomie française ne soit en danger de mort !  Mais qui ? qui aurait osé porter atteinte à cet hôte d’honneur ? La mondialisation me direz-vous et les fast-food américains qui viennent jusque dans nos rues! L’Europe peut-être, qui a déjà menacé notre Rocquefort et nous assaille de réglementations ! A vos couverts citoyens !
Bien au-delà des cuisines transformées en bataillon, la candidature  de la « gastronomie française » au patrimoine culturel  de l’UNESCO soulève d’importantes questions.

    L’idée du patrimoine culturel de l’UNESCO tient à la défense, la préservation et la conservation. Que l’on préserve les pyramides d’Egypte, c’est une chose…mais la cuisine française est-elle seulement un héritage du passé ? Autrement dit, constitue-t-elle un patrimoine clôt sur lui-même ? Cette question a son importance quand l’on pense que la gastronomie française se réfère moins à un patrimoine culturel tangible qu’à une identité culturelle. Or, une identité ne se définit pas uniquement par le passé, quand bien même elle y trouve ses marques, mais elle est en mouvement. Ce mouvement est d’autant plus perceptible aujourd’hui que nous vivons dans sociétés multiculturelles qui interagissent. La question de l’intégration des DOM-TOM à la gastronomie dite française, question souvent posée d’ailleurs, témoigne de cette diversité identitaire autant que gastronomique. Au-delà des DOM-TOM, comment considérer la question de l’immigration aujourd’hui en France ? L’affaire n’est pas de nier les spécificités historiques et culinaires de la cuisine française. Mais le débat sur la cuisine française comme une entité culturelle donnée fait curieusement écho au débat sur le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Française à savoir : l’identité nationale est-elle le fait d’institutions gouvernementales ou bien le produit d’une évolution créatrice qui échappe à tout carcan?

Du reste, quand bien même la cuisine française serait définie comme patrimoine de l’UNESCO elle se refuserait sûrement au titre de patrimoine universel, qui comme le site de l’UNESCO l’indique : appartient « à tous les peuples du monde, sans tenir compte du territoire sur le quel ils sont situés ». Et le terroir ! Des rillettes jusqu'au vin bien sûr, peut-on nier le terroir ?

    Cette question fait le lien avec la médiatisation d’un patrimoine culturel. Peut-on jouir de la cuisine française comme on visite un site historique ? Le vin peut servir d’exemple : quel étranger, et encore, cet exemple doit sûrement valoir pour certains Français, dans un supermarché saurait reconstituer la carte des régions de France grâce aux appellations d’origine des vins ? Brouillard complet. De la même manière, une fois la gastronomie française au patrimoine mondial, faudra t-il engager une lutte contre les fausses appellations « French dressing », mauvaise vinaigrette américaine, « French cake » ou encore « French Soda » qui n’ont absolument rien de français sinon que leur noms ? Le principal obstacle est donc celui de la représentation de la gastronomie française à l’échelle internationale. Aux appellations faut-il encore ajouter les prix, souvent gonflés par les politiques monétaires, l’inflation ou autres barrières commerciales, qui peuvent avoir un effet dissuasif. La gastronomie française pourrait devenir ce qu’elle redoute au fond : l’atour d’une élite ou pire, un simple cliché.

par Anaïs Angelo publié dans : Identité alimentaire. communauté : Cuisine
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 13 mars 2008
    Le titre « Manger ou conduire ? » de l’éditorial du journal Le Monde est déroutant: l’humanité serait-elle au bord du ravin qu’il lui faudrait choisir entre commercer ou…sauter ? Non, pas encore. « Manger ou conduire » fait écho aux alarmes du Programme Alimentaire Mondial face au « changement d'orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d'huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant »*.
Ce n’est là qu’un petit débat, une sorte de bilan de santé, qui a soudainement sorti la tête du sable pour rappeler que la politique doit avec un minimum de cœur et surtout un semblant de tête et se souvenir qu’il y a 2 millions de personnes très pauvres dans le monde, que 60% du continent africain vit avec moins d’un dollar par jour et que 20% de la population mondiale se partage 80% des ressources mondiales.

    La question du « détournement des terres arables au profit d'agrocarburants», à laquelle il faut ajouter un envol des prix du pétrole, affecte principalement les pays pauvres. Certes cette envolée des prix du pétrole est à prendre en compte mais le cœur du problème est ailleurs. Que doivent faire ces pays pauvres face à cette conversion des terres quand la principale ressource économique dont ils disposent est la terre ?
En effet, Laurence Caramel remarque dans son article « La montée en puissance des agrocarburants risque d'exacerber les pénuries alimentaires » que « la situation à laquelle est confronté le PAM reflète peu ou prou celle de tous les pays à faible revenu dont la sécurité alimentaire est fortement dépendante des importations. » La réduction de la disponibilité des terres affecte principalement les populations rurales pauvres qui sont les premières victimes de la globalisation, à l’heure où l’agriculture n’a pas ou sinon peu de valeur ajoutée. Ce phénomène n’est pas nouveau et l’on en connaît déjà les conséquences. L’activité agricole étant insuffisante pour survivre, les populations rurales émigrent vers les villes en quête de travail, contribuant plus à l’hyper croissance démographique du secteur urbain qu’au développement économique de ces nids d’économies informelles – qui concernent 60% des populations urbaines. Du reste, l’augmentation du prix de l’huile de palme a un impact majeur sur la pauvreté, puisque cette huile est principalement utilisée par les pauvres pour cuisiner. Nous allons donc assister à une exacerbation de la pauvreté dans les pays pauvres.

    Ce qui est dramatique, c’est que le débat s’articule autour de deux enjeux : comment sauver les pauvres qui ont faim et comment protéger la planète. Quand L. Caramel  ouvre son article sur la question : « le recul de la faim dans le monde est-il menacé par la conversion des terres au profit des agrocarburants ? », on sent bien que c’est l’assistanat tout azimut qui est en danger !
Sa question veut frapper par son incongruité, de la même manière que le titre « Manger ou conduire » porte la contradiction à son comble. Pourtant, on ne devrait même pas avoir à choisir. Manger ou conduire ? Mais pourquoi pas les deux quand on sait qu’importer des tomates espagnoles en France coûte moins cher que de consommer nos propres produits alors même que l’Union Européenne tue les petits agriculteurs et paie les plus grands pour réduire sinon détruire leurs surplus!
   
    Et voilà que l’on manquerait de terre, « sauf à se lancer dans une course effrénée à la déforestation – ce qui irait à l'encontre de la lutte contre le changement climatique » ! Ce ne sont certainement pas les agrocarburants qui menacent la faim dans le monde, mais plutôt un système économique global qui affame silencieusement les populations pauvres. Ce ne sont pas les agrocarburants qui menacent l’écologie mais, encore et toujours un système global de consommation où les pays riches et industrialisés font, je cite, « comme si la planète pouvait assurer à la fois sécurité énergétique et sécurité alimentaire. Les programmes d'encouragement aux agrocarburants sont toujours sur les rails. (…).» Ce « comme ci » révèle un manque de courage politique en matière d’écologie. Ce domaine requiert la prise de responsabilité imminente d’un risque qui n’est pas immédiat, invisible et dont les coûts seront supportés par une génération future. Enfin, ce ne sont pas les agrocarburants qui sont responsables de la déforestation et du défi, ô combien incroyable, d’augmenter de 50% la production afin d’assurer d'ici à 2030 la démographie et l'évolution des habitudes alimentaires. Les argrocarburants sont l’arbre qui cache la forêt.
Il faudrait espérer qu’une modération des importations massives d’aliments à bas prix amorce un début de changement de politique économique mondiale… Notre rythme et notre système de consommation ne sont pas soutenables et ce sont eux qu’il faut changer avant tout.

* Source: "La montée en puissance des agrocarburants risque d'exacerber les pénuries alimentaires", par Laurence Caramel, Le Monde, 12.03.08.

par Anaïs Angelo publié dans : Consumation communauté : LES ALTERMONDIALISTES
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mardi 11 mars 2008
   Bouche-du-roi.jpg                                                
       
    L’esclavage moderne par la consommation n’est pas cantonné aux industries agro-alimentaires qui cherchent à exploiter les individus comme on tire des rendements du bétail.  C’est parce qu’il se fond avec un système économique global qu’il se distingue à peine. Il faut alors trouver un espace alternatif pour se dégager d’une réalité aveuglante. Cet espace, Romuald Hazoumé nous le fait pénétrer grâce à une création artistique passionnante : La Bouche du Roi.

    Trois cent quatre masques faits de bidons de pétrole, assemblé à même le sol et nous somme de nouveau face à face avec l’accumulation bestiale qui faisait hier l’économie de la traite négrière et qui est aujourd’hui la dynamique de nos sociétés.
Chaque masque correspond à un esclave, figurant son visage par un graphisme réduit aux contours plastiques du bidon : un front, des yeux, une mâchoire, un goulot, la bouche. Ironie de l’art, l’esclavage a beau avoir été aboli, Hazoumé témoigne de sa survie à travers des formes modernes.
La bouche du roi est une création de l’histoire, qu’il s’agisse du passé tragique des traites négrières, du présent des politiques, de l’intemporalité d’une culture artistique traditionnelle. Le discours artistique d’Hazoumé n’est pas fixe, mais se meut entre passé et futur, entre tradition et modernisme, en quête d’un renouveau authentique. Cet authenticité est magnifiée à travers des signes culturels identitaires disséminés au milieux triviales ressemblances. L’identité de cette œuvre est captivante, malheureusement, je ne discuterais ici que son interprétation politique.

    La répétition des goulots fait effet de sens, signifiant une impression de vide en même temps qu’un cri impossible. Le matériel, bidon de pétrole, dénonce la marchandisation de l’humanité, depuis les traites négrières jusqu’aux temps actuels.
Du reste, Hazoumé utilise un type particulier de bidon de pétrole : ceux qui sont destinés à l’économie informelle et au trafic domestique de pétrole au Bénin. L’artiste lui-même exprime ce désir de « jouer sur la métaphore en montrant comment les bidons sont transportés dans des barques pour traverser le fleuve, la promiscuité, l’entassement pendant le voyage, des bidons se percent, on est obligés de les rafistoler, on est obligé de les jeter, on fuit la douane. C’est toute une vie autour de l’objet bidon. Et c’est objet devient l’esclave d’aujourd’hui. »

    L’œuvre d’Hazoumé est riche et diverse et ne finit pas de donner à penser. La reconstruction de la sculpture traditionnelle  n’est pas seulement « un ready-made Africain ». L’authenticité de l’œuvre se fait voir à travers une cosmologie tout entière revisitée cosmologie essentiellement Yoruba , une reconstruction critique d’une tradition qui ne doit pas être comprise comme statique mais réactualisée à chaque instant. L’art devient un outil dialectique, liaison ambiguë entre le passé et le présent, porteur de symbole, valeurs et innovation, évoluant au fil d’un pèlerinage artistique.

    Le vide est symbolique : le bidon coupé, troué, mutilé rappelle l’image de l’âme esclavagée et réduite à néant. L’objet devient roi, quand l’accumulation artistique tourne au fétichisme économique que Marx décrivait comme la déconnexion entre la forme et le contenu. N’est-ce pas là la dynamique ultime de la société – voire l’économie – de consommation ? Cette œuvre d’art doit en effet être comprise comme un espace rituel où le masque, religieux et artistique et le bidon, intrinsèquement commercial, interagissent. C’est sur ce même schéma « ritualistique » que la société de consommation est construite : la fétichisation et le désir d’un objet insignifiant érigé – ou plutôt organisé – en nécessité commerciale.

homme-bidon.jpg "Roulette Béninoise". Portrait d'un transporteur d'hydrocarbure avec une moto. Photo de R. Hazoumé.

    Il serait idiot de voir dans La Bouche du Roi une dénonciation de la perception Européenne de l’art africain comme primitif car ce sont bien les bidons qui ont le premier rôle, incarnant la modernité par excellence. Alors que la culture de la dépendance économique tend à l’emporter sur la tradition, qu’Hazoumé porte certainement le blâme contre les Africains eux-mêmes, se contentant de donner une forme plastique à l'esclavage moderne, il faut moins considérer cette œuvre comme les pleurs d’une tragédie que comme la volonté de prendre conscience que le moment de se réveiller est venu.
Les bidons sont la marque de l'économie informelle qui, à l'heure où la plupart des économies africaines se dégradent, permet au Africains de survivre. Sa cosmologie politiqe va plus loin, dès lors qu'il rappelle que le pétrole est aujourd'hui une des rares matières première qui intègre l'Afrique à l'économie mondiale. En effet, alors que les Investissements Directs Etrangers n'ont cessé de diminuer depuis les années 1980
– diminution de 70% après 20 ans d'ajustement structurel –, les ressources pétrolières de l'Afrique de l'Ouest en particulier ne cessent d'attirer les compagnies pétrolières, notamment pour les opportunités de productions off-shore, enclaves idéales. En 2006 76% des IDE étaient captés par les pays producteurs de pétrole.
    Les statistiques sont là malgré le camouflage des politiques. La création offre un espace de liberté et d'émancipation accesible à tous, ayant le pouvoir de mettre en valeur ce qu’on ne voit pas.
par Anaïs Angelo communauté : LES ALTERMONDIALISTES
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 6 mars 2008
    Quel est le point commun entre la traite des esclaves et la classes populaires contemporaines? L’alimentation de masse à bas prix.
Non, vraiment, la comparaison ne va pas trop loin. Au 16è siècle, les Portugais introduisaient en Afrique deux céréales révolutionnaires : le maïs et le manioc. Alors que ces céréales étaient considérées comme inférieures et destinées principalement aux porcs, leurs avantages productifs les ont vite détournées vers une utilisation plus pragmatique. Le maïs notamment, offre des capacités de productivité élevées ainsi qu’une résistance naturelle aux aléas agricoles. Au moment où la traite des esclaves était à son pic – à partir des premiers envois massifs d’esclaves africains aux Amériques en 1691 jusqu’à la domination de la traite par les Hollandais en 1750 – le maïs et le manioc sont apparus comme les aliments idéaux pour nourrir les esclaves à bas prix. La consommation des esclaves a alors été estimée à 9000 tonnes.* Du reste, ces céréales ont permis d’intensifier la production agricole dans les contrées bien irriguées du continent Africain, contribuant à une amélioration de l’alimentation de même qu’à une baisse de la mortalité infantile et à une augmentation du taux de survie dans les régions où l’habitation continue est impossible. Ces céréales ont sans doute stimulé une poussée démographique sans précédent en Afrique, qui n’a malheureusement pas profité au continent puisque la saignée humaine de la traite l’a privé d’une grande partie de sa main d’œuvre.

    Le maïs est définitivement l’aliment phare du bétail – dans tous les sens du terme. Près de 4 siècles plus tard, il est toujours l’objet d’une « spéculation soigneusement protégée ». Ceci est particulièrement visible si l’on se penche sur l’évolution du régime alimentaire américain et de son principal allié : « Kong Corn ». « La consommation par habitants de « corn sweeteners » est passée de 17,4 kg par and en 1980 à 38,7 kg par an en 2000. Plus précisément la consommation d’isoglucose (« high-fructose corn syrop » largement répandu et aimé aux USA !) est passée de 8,6kg par an et par personne en 1980 à 29kg par an et par personne en 2000. »**
Aidé par des politiques agricoles successives – les subventions directes aux producteurs ont étés estimées à 19 milliards de dollars par an en 2004 – et par l’utilisation d’hybride et de produits chimiques, le maïs présente le même avantage que pour la traite des esclaves : «  l’indice de production des fermiers américains est passée de 144 en 1972 à  250 en 1995. Distribué au consommateur américain, ce surcroît correspondrait à 500 calories/ jour/ personne. »**
Avec le principe d’une production qui ne cesse de se régénérer, il n’a pas été difficile de trouver les esclaves modernes de l’industrie agroalimentaire : les classes dites « populaires ». Certes cette identification par la classe peut être contestée par le fait culturel. Les fast-foods sont plus le fruit d’un mode de vie qu’un produit social. Il n’en reste pas moins que dans un pays où deux tomates coutent le prix d’un steack d’un kilos et où la pub vous fait constamment savoir que pour $2.99 vous avez le choix entre deux cheese ou double cheese burgers, il est clair qu’un certain instinct pragmatique aura tendance à vous détourner des légumes au profit de l'hamburger. De plus, l’éducation alimentaire – déjà mentionnée dans l’article Midi aux Etats-Unis – est d’autant moins innée qu’absente chez les populations à capital culturel et économique réduit.
  undefined                                                



    Humains, trop humains… L’alimentation de
masse à bas prix, voilà les consommateurs de nouveau réduits à l’état de bétail… A la différence, que l’exploitation économique se fait aujourd’hui sur la base d’un engraissement – plus ou moins – volontaire. Le poids de la culture joue en effet un rôle majeur, l’afflux de nourriture disponible dans la société étant constant. C’est pourquoi au delà de l’éducation alimentaire, le phénomène social qu’Eric Schollsberg intitulait en 1999 Fast Food Nation doit être prix en compte.







* Les idées de ce premier paragraphe sont basées sur les écrits de John Reader, Africa. A biography of the continent, Vintage Books, 1997, pp. 413-414,p. 443.
**
Source: Anne-Sophie Cérisola et Jacques Mistral, L’obésité aux Etats-Unis. Enjeux économiques et défis politiques. Document de travail de l’agence financière de Washington, 2004.01, Mars 2004.
par Anaïs Angelo publié dans : Consumation
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 5 mars 2008
    Dans les années 60, Moulinex libérait la femme. Et pour compte : au-delà de la libération – libération d’un cliché misogyne qui reste sans doute à nuancer –, nous avons assisté depuis 40ans à une véritable désertion de la cuisine. Poussé par la force des Trente glorieuses et l’émergence triomphante de la société de consommation, Moulinex s’est fait le porte-parole d’une révolution technologique et alimentaire.
    Aujourd’hui, l’industrialisation alimentaire repose sur le progrès technologique qui a permis de réduire le coût de l’alimentation. En termes de prix, les ménages accordent une part de moins en moins grande aux dépenses alimentaires. Les progrès de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire vont de paire avec une augmentation du niveau de vie : on ne consomme pas moins, mais on consomme moins cher.

    A l’origine de ce changement un principe économique et psychologique simple : de même que l’homme est le seul animal qui boit sans soif, il mange sans faim. Offrez plus, il mangera plus. Les Trente Glorieuses ayant annoncé la naissance triomphante de la société de consommation, « les chaînes de fast food n’allaient pas rester sans réagir à ce nouveau contexte. L’accroissement de la taille des portions servies dans ces chaînes de restaurants est une belle histoire de manipulation du consommateur. On trouve à l’origine deux « entrepreneurs » - que l’on hésite à qualifier de « schumpeteriens ». Placés en 1983 à la tête de Taco Bell, une enseigne alors en perdition, ils ont été les premiers à saisir l’opportunité que représentait la chute de leurs coûts d’approvisionnement. La part des coûts fixes dans un « menu » est telle qu’un supplément alimentaire ne représente qu’un coût additionnel marginal ; vendu à un prix sensiblement plus élevé, le profit unitaire est démultiplié ... et le consommateur satisfait parce qu’il a fait une bonne affaire : great value for money.»*

    Les fast food témoignent d’un changement majeur dans la culture alimentaire : la nourriture est devenue un produit d’une extrême disponibilité. Multiplication des distributeurs, alimentation à toute heure et diffusion de produits dits non sucrés font montre d’une acceptation sociale de cette politique d’abondance. Du reste, ce n’est pas seulement la nourriture qui voit son prix diminuer, mais c’est aussi la cuisine ou plutôt le fait de cuisiner qui n’a plus de coût.
    A la disponibilité, s’ajoute l’immédiateté. Ainsi, plus que la libération prônée par Moulinex, nous assistons au principe de désertion des cuisines comme mode de vie : « (…) les dépenses [d’alimentation aux Etats-Unis] étaient en 1929 consacrées pour 86% à l’alimentation consommée à la maison, proportion qui n’était plus que de 74,6% en 1970 et de 60% en 2001. »*

     En conséquence, la tendance du niveau de consommation est à la hausse: « en 1977, les hommes déclaraient consommer en moyenne 2080 calories par jour ; en 1996, ils en consommeraient 2347, soit une augmentation de 268 calories supplémentaires par jour. Les femmes quant à elles sont passées de 1515 à 1658 calories par jour en moyenne. » Mais surtout, on observe une surenchère alimentaire: « l’augmentation de l’offre au  cours des 30 dernières années serait de 418 calories supplémentaires par personne, bien plus qu’il n’est  nécessaire pour expliquer la hausse de 150 calories. » Alors que les politiques de santé publique s’affolent de l’urgence de rétablir l’équilibre alimentaire et psychologique des individus face à leur rations, il serait intéressant de réfléchir sur le lien entre la masse d’aliments, de graisses et de calories que nous ingurgitons chaque jour et l’état de santé morale de notre société.

*Source: Anne-Sophie Cérisola et Jacques Mistral, L’obésité aux Etats-Unis. Enjeux économiques et défis politiques. Document de travail de l’agence financière de Washington, 2004.01, Mars 2004.

par Anaïs Angelo publié dans : Consumation communauté : PARLONS FRANCHEMENT
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 2 mars 2008
     Quand le bien de consommation sera consumé, il renaîtra de ses cendres, ramené à sa forme matérielle par la force de la production.
La culture de la consommation est aujourd’hui enfermée dans ce cycle vicieux. Ou peut-être s’agit-il de la politique de la consommation, à en croire un documentaire  (cf. Lien) sur la tyrannie mondiale de la consommation. Le pouvoir de l’image est toujours problématique quand il s’agit de mettre en forme un propos qui se veut objectif dans sa prise de partie. Toutefois, le montage agile de ce documentaire qui se détourne de la démonstration académique a le mérite d’être une création captivante qui appelle à réfléchir. Le documentaire est bâti sur une contradiction intéressante : l’accumulation d’image est utilisée pour dénoncer les excès de consommation. Mais ce documentaire présente des qualités qui vont au-delà des idées reçues lorsqu’il place dans la même arène la culture de consommation capitaliste et celle de l’ « a-consommation » propre à l’idéologie de la dictature cubaine. L’interview d’une jeune fille cubaine qui témoigne de son désir absolu de consommer est éclairante : la tyrannie de la consommation n’a qu’une nature. Dictatoriale, elle fait germer un sentiment de vide avide qui torture celui qui a tout et justifie l’état de celui qui n’a rien.

    La culture de consommation n’offre aucun futur. Une fois la promesse consommée, elle n’a plus de raison d’être. C’est pourquoi la société ne peut pas fonctionner sur la promesse de bonheur matériel : à peine atteint celui-ci s’évanouira aussitôt. Le documentaire illustre très bien cette idée lorsqu’il filme les poupées à formes humaines destinées à la vente et à la « consommation ». Le mythe de Pygmalion est mort : le désir a vendu son âme en échange de sa production plastique.

    La réalisation de soi passe désormais par la sensation d’un moi vivant, dit consommable. C’est ce que le jeune informaticien millionnaire déplore lorsqu’il fait part de ses difficultés à trouver du sens à sa vie totalement surfaite par l’argent. Les émissions télévisée tel « Le Millionnaire célibataire » qui est trop affairé pour trouver l’âme sœur renforce ce sentiment de consommation des relations humaines. Et voilà que la chaîne de télé se rapproche de la chaîne alimentaire: le millionnaire consomme des soi disantes beautés, réduites par ailleurs à un état de proies volontaires quand les producteurs se nourrissent de la consommation de sentiments plastifiés des téléspectateurs. Si le bonheur est au programme, je ne l’ai pourtant jamais vu en rayon.

    On végète devant son poste, éternellement insatisfait d’une vie basée sur la consommation ou sinon sur le phantasme de la consommation. Parce que le bonheur n’a pas de prix, une vie si dépourvue de valeur devrait discréditer le système de consommation. Jack Zerzan, interviewé à son tour dans le documentaire, frappe en remarquant que c’est la force d’inertie qui fait avancer ce système. Atomisés et nourris un par un flux d’informations sans âme mais imagé, les individus sont trop seuls pour avouer en chœur leur mal-être. L’absence de conscience sociale nous détourne vers un objectif primaire de survie par la consommation alors que nous devrions nous interroger sur la nature de notre existence. La politique se laisse emporter dans la spirale lucrative de la culture de consommation, cherchant à nous gaver d’un bonheur en surplus qui ne cesse de se mordre la queue. 
par Anaïs Angelo publié dans : Consumation communauté : LES ALTERMONDIALISTES
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Jeudi 14 février 2008
undefined     Brut, aromatisé, blanc, au lait, aux noisettes, aux épices, le chocolat demeure une délicatesse qu’on ne se refuserait à aucun prix. Saint-Valentin oblige : le chocolat fait fondre les cœurs.
Et pas seulement ! Ce petit carré de cacao emportera votre amour dans un monde lointain aux charmes exotiques. Une vraie balade des sens en amoureux.
Ce monde lointain concentrera pour votre bon plaisir un tiers de la production mondiale de cacao, mais rassurez-vous, il ne consommera que 3% de sa production.

    La contrée aux charmes exotiques n’est autre que l’Afrique (rappelez vous vous l’avez vu dans une pub à la télé). La Côte d’Ivoire est le principal producteur de cacao, suivie du Ghana. Principal producteur ! Mais la Côte d’Ivoire ne produit pas vos petits cœurs chocolatés, elle exporte cette matière première vers l’Europe. En 2005/2006, 42% de la production mondiale de cacao (il faut alors tenir compte les producteurs de cacao d’Amérique Latine et d’Asie), contre 14% seulement en Afrique*. Cela témoigne du confinement de l’Afrique dans la production de matières premières. Quel est le prix de ces exportations de cacao ?
D’un point de vue économique, le prix ne vole pas haut. Bien au contraire, il a connu une baisse de 75% durant la période 1980-2000, pour finalement s'épaissir d'à peine 25% en 2006**. Si les prix tombent, ce n’est pas parce que vous n’offrez pas assez de chocolat à votre bien-aimé. Cela ne servirait à rien, le cacao étant une matière première qui ne présente pas d’élasticité de la demande : qu’importe d’inonder le marché de chocolat, la demande ne s’adaptera pas en fonction des stocks et ne satisfera pas l’écoulement de la production. Par ailleurs, les prix, eux, baisseront. C’est là que l'économie se lie avec la politique. Il est fort intéressant de remarquer que le prix du cacao a baissé pendant la période de 1980-2000, qui correspond aux politiques d’ajustement structurel mises en œuvre par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, afin de redresser les économies et promouvoir le dévelopment des pays africains. Mis à part toutes les politiques de libéralisation et macrosatbilisation économique qui n’ont fait que nuire au continent africain, ces programmes d’ajustement structurel reposent sur une théorie économique intrinsèquement défectueuse : l’avantage comparatif statique. La théorie et la Banque Mondiale veulent que l’Afrique spécialise sa production dans ce qu’elle possède le plus : de la terre et des ressources. L’Afrique, qui voit les termes de l’échange et sa part dans l’économie mondiale décliner, n’aura jamais les bonnes armes pour affronter le marché mondial.

    Le principal défaut de cette théorie réside dans le changement de nature de l’économie mondiale, qui est essentiellement tournée vers les produits manufacturés et les nouvelles technologies, qui ne demandent que peu de matière premières…encore moins non transformées. Le cacao ne peut vaincre face à une armada ultra-modernisée… De la même manière que l’Afrique ne peut se redresser sans une politique mondiale qui reconnaîtra les réalités du marché. La théorie de l’avantage comparatif statique va au-delà du sens commun, dès lors qu’il est clair que différentes activités mènent à des différences radicales en qualité de vie. L'exemple du rapide dévelopement économique de l'Asie en témoigne. Faut-il y voir une défaillance théorique ou bien un signe de la malhonnêteté des leaders politiques et économiques? Ironie du sort, les statistiques utilisées proviennent de la Banque Mondiale elle-même. Comme l’amour, l’argent aveugle, mais l’illusion a des limites. 

*Source: "Cacao : transformer et consommer plus en Afrique",  www.lesafriques.com, Le journal de la finance africaine.
** Source: "Primary Commodity Prices", statistiques publiées par la Banque Mondiale, 2006.

par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver! communauté : LES ALTERMONDIALISTES
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 11 février 2008
undefined    

La scène se passe au premier sous-sol de  Michigan Union, bâtiment multifonction sur le campus de l’université d’Ann Arbor : au premier sous-sol, les fast-food réchauffent le cœur avec leurs odeurs, au troisième étage : conseillers psychologiques assistent les étudiants en détresse.


12:30:00 – arrivée chez Wendy’s.
12:30:10/12:40:00 – file d’attente méditative, que va-t-on choisir ?
12:41:00 – commande de deux menus, un hamburger poulet grillé, un double burger quelque chose…
12:41:35 – menus payés, prêts, emportés.

Vous l’avez compris, en deux minutes les employés dévoués de Wendy’s on réussi à assembler deux tranches de pain, deux steak hachés trop cuits, un malheureux cornichon, un bout d’oignon égaré, une tranche de « cheddar » (équivalent de l’appellation « fromage » en France, la diversité en moins) et à renouveler l’opération avec un blanc de poulet grillé, à emballer le tout, sans oublier les frites…. Et comme les NTIC font fureur aux USA, la caissière a réussi à transmettre la commande en temps réel, j’ai été traité comme une reine: pas de temps d’attente ! 

    Que faut-il de plus à un consommateur pressé qu’un service compétent qui se soucie de sa santé ? mon misérable tas mangeable n’avait pas l’air nocif et puis un hamburger, c’est « cool ». Pourquoi se refuser alors un pêché mignon ? C’est là le danger: le plaisir interdit désinhibé.
Il s’agit d’une révolution, non pas gastronomique mais commerciale. « Fat Profits », voilà le titre d’un article qui met en lumière le nouveau phénomène. Le journaliste Joe Keohane dénonce la stratégie « go-for-bloat », qui fait fi du politiquement correct et du santé-oblige pour se faire le chantre sans complexe d’« un arsenal de monstrosités plus chères, plus caloriques – se faisant le pionner de concepts avant-garde tel que « viande en complément », « fast-food-porn » - et faisant la promotion du message auprès de consommateurs de plus en plus réceptifs de publicités aussi controversées que leurs burgers ». Et ça marche ! « Depuis 2000, la moyenne des ventes de CKE a augmenté de 31 pourcents, un taux plus élevé que tout autre chaîne d’hamburger ».

    Que penser de cela quand je me trouve face à un hamburger déprimé ? je me suis laissée avoir par une illusion du goût nourrie d’images et d’odeurs qui a submergé mes désirs. La notion de pêché mignon est à relativiser dès lors que mon burger était mauvais…et que je m’en doutais. Du reste, devrais-je me plaindre du fait qu’il manquait à mon burger la feuille de salade et la tranche de tomate, illuminées dans le menu ? Ce ne serait qu’une complainte pathétique. Le drame, c’est de devoir avouer que l’éducation alimentaire n’est d’autant pas innée qu’elle est extrêmement vulnérable, dans un monde où de plus en plus de personnes dénoncent les « polices » de santé publique et s’acharnent à vouloir débrider les passions, au nom de la liberté. Liberté et droit ! et de quoi se soucier de plus, ce sont là des propriétés privées !

Source: “Fat Profits” by Joe Keohane, published on Condé Nast Portfolio.com, February 2008.
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 9 février 2008
    30 grammes de céréales 0% de matières grasses mais avec des fruits séchés pour donner plus de goût à la première bouchée du matin ; déjà 10h, il faut un en-cas pour étouffer les gargouillis ; après le repas, un café avec un carré de chocolat, c’est un droit; 4h et la journée est longue, faisons une pose goûter, pour le moral, histoire de se demander une fois de plus qu’est ce qu’on va choisir dans le distributeur ; de toute façon à 6, ce sera l’heure du pastis ; et pour le JT, c’est l’occasion de manger devant la télé; enfin 9h et une tisane bonne nuit, avec un goût sucré sans sucre, pour s’apaiser. C’est aussi un droit.

    Le sucre rythme les journées, bien qu’il ne se montre pas dans ses plus beaux atours. Addiction, manque, complexe... Derrière ses mécanismes insatiables, il y a la faim. Il ne s'agit pas seulement d'une expérience alimentaire ni d'un besoin vital. Plus qu’une sensation, la faim est une émotion. D’un point de vue biologique, elle s’apprend. C’est une expérience hormonale qui se contrôle grâce à des modes de gouvernance alimentaire et physique, des politiques de santé publique. La faim se manipule aussi, elle est séduite par des odeurs et des images. Par dessus tout, elle se manifeste à travers un goût imaginaire. Plus que le manque, plus que l’envie, la faim torture en elle-même. Je pense au roman de Knut Hamsun La Faim, qui montre comment la faim se revêtit de sensations pour cacher une quête de soi sinueuse, incertaine et tourmentée. La faim chez l’homme va au-delà du naturel, elle croît, s’éteint, s’affole.

    Qui ne s’est jamais entendu dire « J’ai faim, mais je ne sais pas de quoi » ? La faim supplie la satiété. A quel prix trouve t-elle satisfaction ? La faim se voit de plus en plus transformée en attraction: l’envie doit se justifier. Lorsque je vois qu’une limonade labellisée « faite avec des vrais citrons », je me demande jusqu’à quel point le naturel devient publicité pour donner une raison d’être à la consommation. Une fois entrée dans un monde de faux, que signifie la faim sinon l’infinie construction d’un manque ? La faim devient un gouffre sans fond. Inodore et incolore, la faim est standardisée, programmée pour répondre à des stimuli ciblés. Avoir faim de tout et de rien…jusqu’à avoir un goût d’amertume dans la bouche, voilà une belle expression pour savourer la désillusion ! Et si l’on considère que le cookie appelle le vote ou le bonbon l’engagement, les convictions deviennent tout aussi insipides.
par Anaïs Angelo publié dans : Mange au lieu de rêver!
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus